Force Ouvrière - Auchan le Pontet et Vaucluse

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Le Nouvel Homme sans qualités.

Chers Camarades, chers Collègues,

 

Le processus de transformation des modèles managériaux est aussi une transformation de la manière dont la contrainte organisationnelle s’adresse à l’individu.

En reprenant la grille d’analyse de Jean-Léon Beauvois (Traité de la servitude libérale, Dunod, Paris, 1994), on peut observer le déploiement de ces modèles de régulation au sein du Système Auchan. La contrainte est « intériorisée » par l’individu qui se sent libre, responsable et désireux d’acquérir les caractéristiques utiles au bon fonctionnement du Système. Et s’attirer ainsi les bonnes grâces de nos Maîtres.

L’évolution des formes d’organisation du travail et, plus largement, des formes d’organisation sociale est concomitante des transformations des manières d’inter-agir. Les exigences de coordination inter-individuelles au fil de l’action requièrent un apprentissage des manières de gérer la relation à autrui pour produire une action collective efficace : c’est ce que les Princes appellent : « les solutions gagnants-gagnants »….

Ces modes d’interaction sont structurées par des prescriptions qui définissent les règles adéquates d’interagir avec autrui. Ces règles comportementales sont des contraintes, mais bien plus encore, des ressources. Elles disent les formes possibles de l’échange communicationnel, les manières dont il est possible et souhaitable d’évoluer dans le Système.

Ce faisant, elles influencent aussi les manières de penser et de sentir la relation à autrui, et par là, la manière d’être un individu au sens où l’entend Norbert Elias pour qui « tout ce qui donne à l’individu son caractère d’être humain prend sa forme spécifique en relation avec les autres et au travers des relations avec eux ». N. Elias, La société des individus, Fayard, Paris, 1991.

Adaptation des conduites ou bien processus de socialisation ?

 Il se déploie au cœur du Système Auchan, et en lien avec la sociologie de Norbert Elias, un « processus de civilisation » fondé sur une sophistication du gouvernement de soi.

Les interdépendances croissantes qu’engendre le processus ont pour effet d’élever les exigences sociales d’autocontrôle tout en individualisant les processus identitaires. Le salarié du Système Auchan doit être capable  de s’adapter à des situations de plus en plus complexes de coopération avec autrui tout en étant son propre gestionnaire, son propre maître. Cette apparente contradiction est surmontée par les plus ambitieux grâce à la mobilisation de ressources psychologiques épuisantes qui leur permettent d’être en relation, de faire société, d’agir ensemble, de se coordonner… Bien sûr, rien à voir avec l’explosion de la consommation d’excitants en entreprise. Voir article Challenges.

Cette exigence croissante de conformisme et de servilité favorise l’évolution d’un idéal-type, au sens Weberien du terme, une sorte d’Homme sans qualités décrit par Robert Musil. La dernière nomination à la Direction d’Immochan en est une très belle illustration. Voir article LSA.

L’Homme sans qualités : une dimension statistique de Monsieur Moyen

 Robert Musil se montre ouvert à l’idée d’une ingénierie des comportements moraux. Cette conception s’intègre à ce qu’il appelle la morale et qu’il distingue de l’éthique, l’une renvoyant au système rationalisé et stabilisé des forces éthiques conflictuelles qui donnent naissance à l’autre. La morale comme équilibre des forces normalise les comportements à partir des régularités observées et prescrit un comportement moyen correspondant à la moyenne des comportements réels.

Car le Prince a toujours au moins neuf caractères : un caractère professionnel, un caractère de classe, un caractère sexuel, un caractère national, un caractère politique, un caractère géographique, un caractère conscient, un inconscient, et peut-être encore, un caractère privé.

Il les réunit en sa personne, mais s’en trouve dissocié, et n’est plus finalement qu’un petit vallon creusé par une multitude de cours d’eau, vallon dans lequel ils viennent s’écouler pour en ressortir ensuite et remplir d’autres vallons avec d’autres ruisselets. C’est pourquoi le Prince du Système Auchan possède encore un dixième caractère qui n’est rien d’autre que l’imagination passive d’espaces non encore remplis. Ce caractère donne à l’Homme sans qualité toutes les libertés, sauf une : celle de prendre au sérieux ce que font ses autres caractères et ce qu’il leur arrive.

En d’autres termes, la seule liberté, précisément, qui pourrait remplir cet espace.

Le cynisme et la servilité comme être-au-monde

L’esprit de cohérence implique l’idée qu’il faut juger un homme d’après ses actes. Dans la « prison de verre » du tempérament, je suis enchaîné à mes actes passés, mon identité se réduit à la somme de mes actions.

Notre nouveau Directeur Immochan pourra puiser dans son Moi profond, ce que Carl. G. Jung appelle « La psychologie des profondeurs » pour opposer la confiance en soi à la conformité du caractère-tempérament. L’instinct de soumission aux impératifs de Néchin qui débouche sur le conformisme pourra être combattu par les principes d’inspiration stoïcienne qui enjoignent d’être soi-même en trouvant sa place dans le Cosmos.

Cette lecture permet d’éclairer la nature du dixième caractère. Il y a d’abord l’exhortation à imaginer les possibles qui contraste avec l’exigence de normalisation caractéristique du Prince. Ce dernier est soumis à l’impératif de sa personnalité qui lui impose d’agir sans contredire ses actions passées, comme si l’individu n’avait aucune marge de liberté ni aucune spontanéité, étant condamné à répéter invariablement ses comportements passés sous peine de pêcher par incohérence. Son Excellence, nouveau Directeur Immochan n’aura d’autres choix que de se libérer de réflexes conditionnés dont le pouvoir répressif empêche la saine évaluation du présent en le soumettant à l’influence de la mémoire et des préjugés.

C’est ainsi que le caractère apparaît comme un destin, auquel Robert Musil oppose également l’importance des convictions et le courage de vivre dans les contradictions morales.

Il faut du caractère pour résister à la dynamique du capitalisme et faire rempart à la disparition de l’individu au profit du Système. Celui-ci est miné par le principe du train-train et par l’irresponsabilité de nos managers, formes du conformisme et de son absence d’autonomie face à l’oppression de Néchin.

 

«  Tout est permis, mais rien n’est possible »

 

FORCE OUVRIÈRE LIBRE INDÉPENDANT DÉTERMINÉ

HASTA LA VICTORIA SIEMPRE

  • FO Auchan le Pontet et Vaucluse les lanceurs d’alertes.

 

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