Force Ouvrière - Auchan le Pontet et Vaucluse

- Un syndicat libre, indépendant, déterminé !

Le crépuscule de la France d’en haut

Chers Camarades, chers Collègues,

 

Christophe Guilluy est un géographe et sociologue qui a publié plusieurs ouvrages importants dont « La France périphérique » chez Flammarion. Il explique comment s’est opérée une véritable sécession entre les élites de Métropoles et les 60 % de Français laissés pour compte, peuplant les petites villes et les champs, passés par pertes et profits sous l’implacable courant de la mondialisation. Phénomène que nous avons déjà largement décrit ici-même.

Avec son dernier ouvrage, « Le crépuscule de la France d’en haut », toujours chez Flammarion, Christophe Guilluy montre qu’un nouveau conflit de classes est en train de naître, qui sépare ceux qui profitent de la globalisation et ceux qui en sont les victimes.

Il dessine ainsi la carte des conflits d’aujourd’hui et de demain.

Christophe Guilluy est né à Montreuil en 1964, en Seine Saint-Denis. Diplômé de Géographie Urbaine de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, il crée la société Consulting Maps, spécialisée dans le conseil aux collectivités territoriales en matière de politiques urbaines.

L’auteur de « La France périphérique » voit dans le vote britannique (le Brexit) sur la sortie de l’Union Européenne, l’application de son théorème sur « l’insécurité culturelle ». C’est le signe de catégories modestes allant vers davantage de sédentarisation, en marche vers un localisme économique et politique.

 La France périphérique est pour lui la France des gens modestes, les petites gens qui font la société. Ouvriers, employés, jeunes, actifs et retraités issus de ces catégories qui forment la majorité de la population, et qui ne se résument pas aux banlieues.

La plupart de ces catégories modestes, auxquelles il faudrait ajouter les petits paysans et les petits artisans, vit désormais à l’écart des grandes Métropoles, dans de petites ou moyennes villes et des territoires ruraux. C’est la France périphérique, celle qui rassemble 60 % de la population.

Cette nouvelle lutte des classes est tout-à-fait inédite : les prescripteurs d’opinion ont beaucoup mis en avant l’existence du chômage chez les cadres. Cela est vrai, sauf que leur taux de chômage n’est que de 5 %, chiffre que l’on donne comme étant celui du plein emploi.

En vérité, le chômage et la précarité ne concernent que les catégories populaires, qui en plus subissent la sédentarisation contrainte par les logiques foncière et économique.

 A une époque où l’on nous explique que tout est « ultramobile », comme ils disent, les Français vivent en majorité (53%) dans le département où ils sont nés, et ce, indépendamment de la classe d’âge.

Le chiffre dépasse les 60 % dans les territoires populaires de la France périphérique !

Christophe Guilluy fait à juste titre remarquer que les catégories qui, hier, étaient opposées – l’ouvrier qui était à gauche contre le rural qui était à droite – ont aujourd’hui la même perception du monde.

Ils sont ainsi dans une logique culturelle identique et cela donne un continuum politique et culturel. Ils adoptent globalement les mêmes positions sur les flux migratoires, la mondialisation, la métropolisation et les médias.

C’est ce que Christophe Guilluy appelle « La lutte des classes inconsciente »

Société prétendument ouverte mais vraiment fermée.

Vous devez bien être conscients que cette guerre des représentations sert en vérité à protéger un système. Comprendre cette équation est fondamentale à votre émancipation.

Pour le système, il est impératif de maintenir le plus longtemps possible le concept de « classes moyennes ».

Ce terme sous-entend en effet, que la majorité de la population bénéficie du système économique et de l’ouverture. Si dysfonctionnement il y a, cela concernera alors les exclus, une infime minorité….

Dans cette optique, le système cherchera également à passer par pertes et profits la France des invisibles.

Pas moins de 60 % de la population française se trouve pourtant à l’écart de la Métropolisation. Les 15 plus grandes Métropoles Françaises rassemblent ainsi 40 % de la population, dont 61 % des Cadres. Ce découpage dessine les contours d’une nouvelle géographie électorale, où se retrouvent les soutiens du modèle dominant dans les Métropoles et sa contestation dans les périphéries : celle du non au Référendum Européen, celle du FN, celle du Brexit au Royaume-Uni, celle du vote pour Bernie Sanders et Donald Trump aux Etats-Unis d’Amérique.

Le Bobo, nouvel idiot utile de la mondialisation

Comme vous le savez maintenant, c’est David Brooks qui en 2000 révèle l’existence de cette nouvelle classe qui arrive à concilier les valeurs de la gauche progressiste et contestataire des années 1960 avec un sens aigu des affaires et une parfaite adaptation à un système économique qu’elle ne se prive pourtant pas de condamner en paroles…

Dans « Bobos in Paradise : the new Upper Class », David Brooks décrit cette réalité sociologique bien précise qui, depuis, s’est répandue partout dans les grandes Métropoles de l’Archipel Mondialisé.

L’empire de la fantaisie et du caprice, la décontraction, la désinvolture, le laisser-aller, la joyeuse irresponsabilité, sont incompatibles avec la rigueur, le respect des conventions et des normes, la précision comptable, le culte de l’efficacité et de l’économie et, surtout, les contraintes de la vie bourgeoise.

L’irréductible opposition de ces deux modes d’existence fait de l’hypocrisie une nécessité vitale pour le Bobo, le seul moyen dont il dispose pour résoudre la contradiction inhérente à son nom !

L’hypocrisie est la caractéristique principale du « bourgeois bohemians ». Le bobo excelle à dissimuler le luxe sous les apparences de la simplicité et à affecter une générosité de façade. Il est partisan d’un enseignement public où il évitera soigneusement de placer ses propres enfants. Il milite pour le « vivre ensemble », mais vit en milieu fermé, bien verrouillé derrière ses Digicodes. La tête dans les nuées, mais les pieds fermement ancrés dans les ornières du pouvoir et du profit.

Au vu de cet inventaire, on peut se demander si nous ne tenons pas là l’explication fondamentale du déclin du Système Auchan.

Longtemps dirigé avec rigueur, énergie et optimisme, le Système Auchan s’est répandu ces dernières années dans toutes les extravagances que nous avons subies et qui nous enfoncent chaque jour un peu plus. Homo Festivus dans les Hypermarchés Auchan..

Et que dire de la Direction Générale, des Centrales d’Achat, des services Marketing…. Nous avons là une sur-représentation du Bobo n’ont pas US, mais Lillois : Un Bobo Chti en quelque sorte qui répète chaque jour son catéchisme à base de diversité, de chaleur humaine, de tolérance, d’ouverture, de bio et qui en même temps, est impitoyable avec l’intensification de la productivité, nous oppressant et nous exploitant chaque jour un peu plus pour extraire de la valeur, comme ils disent…. Le Cash, nom d’un petit bonhomme, le Cash !

La Grande Guerre Economique du XXI ème Siècle.

Le licenciement collectif des classes moyennes

Il y a eu un plan social gigantesque à l’échelle de l’Occident, que l’on n’a annoncé à personne mais qui était induit par un modèle économique basé sur la division internationale du travail.

Et l’on a fait croire que celui-ci n’existait pas.

En Europe comme aux Etats-Unis, on assiste ainsi à la sortie de la classe moyenne d’une majorité des petites catégories salariées, qui constituaient hier le socle de cette classe.

Cette désintégration économique provoque une désaffiliation politique et culturelle. Ce processus que l’on appelle « populisme » a les mêmes causes et produit les mêmes effets dans l’ensemble des pays développés.

Les salariés du Système Auchan n’attendent plus rien du monde d’en haut….

Le Système Auchan tenait parce que ses dirigeants étaient exemplaires : les dirigeants avaient des valeurs, de l’empathie pour nous, les gens d’en bas, les sans-dents. On se sentait portés par des personnes qui partageaient la même sémantique et la même culture. Ils légitimaient l’entreprise.

C’est terminé.

De la Provence à la Normandie, des terres de l’Ouest aux Hauts de France, les Associés-collaborateurs comme ils disent, ont définitivement fait sécession. Ils ne croient plus du tout les Fables des Princes qui nous gouvernent et qui se démènent en vain pour tenter de conserver notre adhésion, notre motivation que nous avons depuis déjà longtemps balancés par dessus bord. Quel crédit peut-on encore accorder à une entreprise à la dérive qui a fait du mensonge et de la manipulation, la matrice de ses politiques ?

Le Système Auchan a choisi un modèle qui n’est ni socialement, ni économiquement durable : il vit son crépuscule.

La démesure en fleurissant, produit l’épée de la folie

et la récolte est une moisson de larmes.

                                                                                                                                Eschyle

FORCE OUVRIÈRE LIBRE INDÉPENDANT DÉTERMINÉ

HASTA LA VICTORIA SIEMPRE

 

2 Comments

Add a Comment
  1. Après le bourgeois gentil homme, pourquoi ne pas réécrire la pièce en trois actes où évolue Monsieur Jourdain, en bourgeois gentil mec?

    1. Syndicat Force Ouvrière

      Salut Ramat,
      c’est une idée , faudra y réfléchir .
      Merci en tout cas de nous lire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© 2012 - 2017 | Force Ouvrière - Auchan le Pontet