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La fin du rêve américain ?

Chers Camarades, chers Collègues,

 Thomas Piketty, dans son désormais célèbre ouvrage «  Le Capital au XXI ème siècle », montre comment les Etats-Unis d’Amérique, pays qui s’est fait le chantre de l’égalité entre les hommes, ont organisés la victoire des héritiers sur les travailleurs.

« Le passé dévore l’avenir » écrit Piketty. Rien à voir bien sûr avec le Système Auchan !

Le contrat social est rompu et les inégalités sociales explosent. En l’espace de huit ans, Barack Obama est parvenu à créer plus de 10 millions de pauvres supplémentaires. Ils sont désormais 46,5 millions d’Américains à vivre sous le seuil de pauvreté. Ce qui représente 15 % de la population des Etats-Unis. A New-York, 22 000 enfants n’ont pas de toit. Un chiffre jamais vu depuis la Grande Crise de 1929.

En réalité, le bilan des années Obama est très favorable à l’Amérique des actionnaires, des financiers et de toutes les Oligarchies.

C’est la peur qui désormais mobilise l’ensemble du peuple Américain.

« Winter is coming ». Cette formule centrale de Games of Thrones devenue culte, décrit l’hiver qui s’installe progressivement et comme irrésistiblement au sein du royaume de Westeros.

De Balzac à Flaubert en passant par Dickens, les grands romanciers d’hier ne se contentaient pas d’analyser froidement la réalité. Ils la sentent et la devinent, par le pouvoir de leur intuition et le courage et la lucidité de leur imagination.

Aujourd’hui, ce sont les scénaristes qui deviennent les meilleurs analystes des sociétés et du monde contemporain, sinon les plus fiables des futurologues.

House of Cards : le triomphe du cynisme

Dans la nuit de mardi à mercredi prochain, les Américains vont être amenés à élire leur nouveau Président. Le monde entier retient son souffle ayant parfaitement bien compris que les colonnes du Temple menacent de s’effondrer. L’idéal qui animait Franklin, Washington, Jefferson et Lincoln a été sacrifié au profit d’un matérialisme sans avenir.

Une fois encore, rien à voir avec ce que vit actuellement le Système Auchan….

Le générique de House of Cards fait défiler des images particulièrement fortes et saisissantes.

L’ombre succède à la lumière et recouvre successivement les principaux monuments dans ce qui est encore – pour combien de temps ? – la capitale politique du monde : Washington DC.

Le réalisateur semble avoir voulu s’inspirer des maîtres du clair-obscur comme Caravage ou les peintres hollandais du XVII ème siècle. L’image s’arrête quelques instants sur les rives du fleuve Potomac qui traverse la ville. Des ordures ont été abandonnées là, suggérant le désordre, sinon la pourriture qui gagne la capitale.

«  Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark », disait Hamlet dans les premières lignes de l’œuvre de Shakespeare. La formule ne s’appliquerait-elle pas aujourd’hui à l’Empire américain, tout comme à l’Empire Mulliez ?

C’est d’une véritable explosion de la défiance à l’égard de la classe politique et de toutes les institutions de pouvoir aux Etats-Unis dont il s’agit aujourd’hui. Gouvernement, Eglises, Cour suprême, entreprises. Tous décrédibilisés, sinon tous pourris.

Les résultats des études d’opinion sont éloquents. En 1997, 25 % des Américains déclarent avoir une grande confiance en la plus vénérée et respectable des institutions américaines : la Cour suprême. Ils ne sont plus que 13 % en 2015 à avoir toute confiance dans le pouvoir des juges.

En 2005, ils étaient 22% à avoir une grande confiance dans les banques, ils n’étaient plus que 10% en 2014. Selon un sondage de CNN/ORC en 2015, seuls 10% des citoyens américains considèrent que leurs opinions sont représentées à Washington.

Cette érosion de la confiance dans les piliers de la société conduit à une incertitude grandissante à l’égard de l’avenir et à une culture de peur qui a un effet négatif sur la politique américaine elle-même et – compte tenu du poids qui est encore celui de l’Amérique, sur un plan réel comme sur un plan émotionnel- sur l’ensemble du monde.

C’est dans un tel contexte de défiance à l’égard du politique qu’il convient de replacer le succès phénoménal de House of Cards. A quand un House of Croix ?

En terme de psychologie, le héros se révèle être l’incarnation la plus accomplie du pervers narcissique. Avec une différence majeure : Underwood n’est pas à la tête d’une simple entreprise, mais tout simplement au sommet du pouvoir de la première puissance du monde.

La destruction systématique du rêve américain

Dans House of Cards, le rêve américain est délibérément, systématiquement, mis en pièces.

Tout le monde, jusqu’aux personnages secondaires, est décrit sous le jour le plus négatif. Aucune catégorie n’est épargnée. Blancs, Afro-Américains, Hispaniques, Indiens d’Amérique, hommes, femmes, riches, pauvres, jeunes, vieux, lobbyistes, hommes d’affaires, politiques, journalistes.

Ils sont tous, d’une manière ou d’une autre, corrompus, cyniques, calculateurs, obsédés par une seule et même chose : le pouvoir ! Quel que puisse être le prix à payer pour y parvenir. Pour soi comme pour les autres !

Personne ne fait exception à la règle. On pourrait presque parler d’une présentation négative du « melting pot ». Le système d’intégration à l’américaine a bien fonctionné, la preuve : ils sont tous aussi détestables, aussi moralement corrompus les uns que les autres.

Il ne s’agit plus de décrire un monde enchanté qui a disparu, mais de pénétrer dans la noirceur des âmes.

Si Games of Thrones est un condensé d’histoire diplomatique pour initiés revu et corrigé par Machiavel ou Hobbes, House of Cards est un habile mélange des Liaisons dangereuses et des Borgia.

Valmont et Madame de Merteuil sont ici incarnés par Underwood et son épouse. Cette comparaison avec les Liaisons dangereuses est encouragée par la ressemblance physique entre les deux actrices principales : Glenn Close dans le film tiré du roman de Choderlos de Laclos et Robin Wright dans la série américaine.

N’y a-t-il pas entre ces deux êtres complices et rivaux comme une sorte de contrat ?

« Tu ne peux devenir Président sans mon aide, mais je deviendrai Présidente après toi ! ».

Certes, comme dans Dallas, les « méchants » sont presque présentés sous un jour favorable dans House of Cards. Underwood a des apartés directs, face à la caméra, avec le public. Contrairement à la tragédie grecque, où le Chœur commente des évènements sur lesquels il n’a pas ou peu de prise, dans House of Cards, c’est le héros de l’action qui, sous le ton de la confidence, prend le spectateur à témoin de ses calculs, comme de ses émotions.

Il nous donne les clés nécessaires pour comprendre la stratégie qu’il met en œuvre. On est bien sûr très proche, là encore, du théâtre de Shakespeare.

Mais n’est-ce pas une Tragédie qui se joue à Croix depuis des années ?

A ce niveau de cynisme, on n’admire plus la capacité de l’Amérique à se critiquer elle-même, on contemple avec un mélange de fascination et d’effroi sa capacité à s‘autodétruire…

N’est-on pas dans les turpitudes du Bas-Empire Romain ? Ce qui est décrit n’est plus la raison d’Etat dans son inhumaine grandeur, mais l’ambition brutale d’un homme, sinon d’un couple infernal.

Aucune parole ne tient, comme le démontre l’épisode où un Chinois, après avoir été utilisé dans l’équivalent d’une lutte de pouvoir entre différents « clans » à Washington, va, en dépit de toutes les promesses qui lui ont été faites, être remis aux autorités de son pays, ce qui signifie pour lui, une mort certaine.

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S’il nous a paru important de décrire ce qui se joue en ce moment aux Etats-Unis d’Amérique avec toutes les conséquences que l’on peut facilement imaginer, ce n’est pas pour céder à la peur.

Il y a bien sûr des raisons d’avoir peur, très peur même. Il suffit d’ouvrir un journal télévisé !

Mais ce qui nous motive répond à une toute autre ambition : parler de la peur pour rendre l’espoir !

C’est exactement l’objet de nos publications depuis début 2016.

Nous voulons redonner aux salariés Auchan Retail l’espoir qui permet de concilier réalisme et combativité. Nous appelons l’ensemble des équipes à se dresser contre le cynisme, la violence et l’intolérance du Système Auchan.

L’avalanche de nouvelles qui nous assaillent n’est pas de notre responsabilité. De la perquisition à domicile par le Parquet Financier, de la manipulation des élections professionnelles aux condamnations pour abus de position dominante vis-à-vis des PME, en passant par l’effondrement des résultats en France et les risques Géopolitiques qui menacent leurs investissements en Chine et en Russie, tout n’est que noirceur et désolation.

N’ont-ils pas été jusqu’à menacer explicitement les équipes ? « Celui qui imagine qu’aujourd’hui rien va changer pour lui, aura des difficultés… ». Voir compte-rendu de la réunion Auchan Retail de la semaine 39.

Quelle preuve d’impuissance et quel aveu de faiblesse ! Mais où sont donc passés leurs discours triomphants ?

Rien ne serait pire que la résignation au pire. Nous proclamons la nécessité de combattre ce Système devenu oppressif et menaçant de façon sereine, optimiste et déterminée.

Nous sommes en légitime défense. Souvenez-vous toujours de cette leçon qui nous a été donnée en 1548 par un jeune homme alors âgé de 18 ans : « Soyez assurés de ne plus servir, et vous devenez libres ». Etienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire. D’une modernité absolue !

L’essentiel étant de renoncer une fois pour toutes à cette illusion que les autres et les évènements sont contrôlables. La solution est en nous. Pas ailleurs.

 

Le trait majeur du climat spirituel où baigne notre présent, et dont je n’aperçois

guère de précédents dans notre histoire, n’est-ce pas la peur amputée de l’espoir ?

                                                                                                                                            Régis DEBRAY

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