Force Ouvrière - Auchan le Pontet et Vaucluse

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Exécution : la nouvelle Gouvernance au travail !

Chers Camarades, chers Collègues,

Le vaste plan d’automatisation des caisses chez Auchan illustre à l’état chimiquement pur cette implacable soumission des salariés au Grand Fleuve Vendre-Vendre-Vendre.

Au désespoir de tous ceux qui n’ont pas d’emploi, s’ajoutent plus que jamais les plaintes de ceux qui en ont un.

Stress, maladies psycho-somatiques, burn-out, et pire encore… : le travail devient une véritable torture au quotidien chez Auchan. On comprend à présent l’urgence qu’il y avait de mettre en place Humania : « On leur tire dessus et ensuite, on leur balance les pansements ! ». Apocalypse Now.

N’être qu’un pion chez Auchan ?

 Impuissance, manque de reconnaissance, absurdité : toutes les enquêtes montrent que le blues du travail se répand, même et surtout chez les Cadres.

Et cette montée en puissance des maux subjectifs du travail dans l’entreprise a une origine : la bureaucratisation, processus ancien mais en progression constante.

Que la modernité libérale soit à l’origine d’un vaste mouvement de rationalisation bureaucratique est un des grands paradoxes de notre temps. Affranchir le travailleur des sujétions auxquelles le soumettaient les organisations de l’Ancien Régime (les jurandes et les corporations) et lui rendre la possession libre de son travail, « la plus sacrée et la plus inviolable de ses propriétés » (Adam Smith), tel était pourtant le but du libéralisme classique.

Au vieux monde fondé sur le règlement et l’autorité, il opposait celui du marché autorégulé, où les individus s’ajustent spontanément…

Pourtant, dès la fin du XIX sème siècle, « capitalisme et bureaucratie se sont rencontrés et sont devenus inséparables » (Max Weber).

Il aura fallu moins d’un siècle pour que partout le monde du marché accouche d’Organisations bureaucratiques de plus en plus gigantesques.

Alors que la tradition libérale, au nom de la sacro-sainte dérégulation fustige toute Administration procédurière, le monde libéral est peuplé de bureaucraties : des bureaucraties d’Etat bien sûr, mais aussi des bureaucraties privées que sont devenues les grandes entreprises, poumons de l’économie contemporaine.

Et celles-ci n’ont rien à envier à celles-là tant le travail y est divisé, spécialisé, corseté par tout un appareil de règles, de standards, de procédures anonymes auxquels l’individu est sensé se conformer.

Dans ces conditions, le salarié du Système Auchan n’est plus un centre d’initiative, un créateur, mais un simple exécutant d’un travail conçu en dehors de lui et dont le sens lui échappe largement.

                                               L’exécution du salarié chez Auchan

 La dénonciation du caractère déshumanisant du travail bureaucratique est devenu un classique de la pensée contemporaine.

De l’Aliénation marxiste aux Bullshit jobs de David Graeber en passant par la critique de « la discipline d’usine » chez Simone Weil. Des Temps Modernes de Charlie Chaplin au Procès de Frantz Kafka en passant par 1984 de Georges Orwell, et plus proche de nous les remarquables analyses de Jean-Claude Michéa, la dénonciation des ravages du capitalisme sur nos pauvres existences ne cesse de prendre de l’ampleur.

L’Eglise elle-même, face à la déshumanisation de la société moderne, a forgée ce qui devenue « la Doctrine Sociale de L’Eglise ».

La question sociale n’est plus seulement le problème d’un prolétariat marginal dans la société : une prolétarisation universelle déracine les êtres humains de leur milieu naturel. La Doctrine Sociale de l’Eglise à pour ambition de restituer à l’homme son enracinement à travers les permanences de la famille et du travail, de la culture et de la solidarité.

Réduit au rôle de « force de production », le salarié du Système Auchan est l’esclave des visées impérialistes de nos amis les Belges dont la finalité est, ne l’oublions jamais, de s’enrichir chaque jour davantage. A tout prix et quelles qu’en soit les conséquences sociales et environnementales…

A cette abomination, Jean Paul II oppose les réalités de l’atelier de Nazareth. Jésus ouvrier, Joseph ouvrier travaillent, comme tous les travailleurs du monde, pour « le pain quotidien ». Le travail n’est jamais un luxe, même pour ceux et celles qui s’en font une joie : manuel ou intellectuel, la plus profonde motivation du travail c’est la vie. La vie du travailleur et de son foyer d’abord.

« Lorsque l’homme travaille pour assurer la subsistance de sa famille, cela signifie que dans son travail il met toute la fatigue quotidienne de l’amour. Car c’est l’amour qui fait naître la famille, et c’est elle qui est son expression constante, son milieu stable ». Jean Paul II, Discours de Saint-Denis, 1er Juin 1980.

L’Amour est le moteur Universel : il anime également la finalité cosmique du travail et sa finalité sociale la plus large. Mais l’amour humain n’existe pas sans un lien réel avec des êtres de chair et de sang. C’est par un tel lien que le travail possède son but : la vie humaine.

Et pas les ignobles slogans du Système Auchan : « la vie, la vraie, Auchan ». Demandez du côté de Tourcoing ou au Pontet ce qu’ils en pensent de « Auchan, tout pour la vie »….

Ce but qui est l’exaltation de la Vie humaine, fait la noblesse du travail. Jean Paul II le proclama ce 3 Juillet 1980 dans son discours aux ouvriers de Sao Paulo : « Vous connaissez la dignité et la noblesse de votre propre travail, vous qui travaillez pour vivre, pour vivre mieux, pour gagner pour vos familles le pain de chaque jour. Vous qui vous sentez blessés dans votre affection de pères et mères en voyant vos enfants mal nourris. Vous qui êtes si contents et si fiers quand vous pouvez leur offrir une table bien garnie, quand vous pouvez les habiller décemment… Le travail est un service, un service pour vos familles, pour toute la Cité. Un service pour l’homme lui-même, grandit dans la mesure où il se donne pour les autres ».

 Le terme « Bullshit jobs » déjà évoqué, se traduit par « emplois à la con ». Des emplois sans aucun intérêt, dont le travailleur ne voit pas le résultat. Voir article du Monde.

L’apparition de ces Bullshit jobs ces dernières décennies correspond à l’utilisation par le capitalisme de tous les moyens possibles et imaginables pour réduire les coûts de la main-d’œuvre.

Les travaux nécessitant une certaine exigence mentale sont réservés à une catégorie centralisée, distincte et réduite de gens bien payés : c’est une forme de délocalisation qui ne dit pas son nom.

Le reste des salariés, c’est-à-dire nous les gueux, les sans-dents, sommes réduits à tenir un rôle de simples greffiers qui exécutent un plan conçu ailleurs..

Ce plan est ensuite codifié (Programme Compétitivité par exemple), selon une procédure qui peut-être exécuté mécaniquement, que ce soit par des machines (ex les caisses automatiques), ou par de simples employés, réduits à de simples scripts.

Le but pour les Princes qui nous gouvernent est que la masse des salariés ne recourt pas à son propre jugement ou discernement, mais applique bêtement des procédures.

L’exemple le plus emblématique est celui du centre d’appels. Un autre exemple pourrait être également celui des journalistes, qui usent du « clic » comme d’une manivelle, pour que certains algorithmes fassent monter les articles en visibilité sur la toile.

Quand le travail est stupide, il peut être fait par des gens stupides, payés en conséquence.

En outre, un tel travail abrutit, même une personne qui auparavant était intelligente. De sorte que le bassin de main-d’œuvre stupide est sans cesse étendu pour que les salaires tombent toujours plus bas.

C’est ce que les princes qui nous gouvernent appellent : « une augmentation de la productivité ».

La productivité entendue comme le rapport du bénéfice au coût de la main-d’œuvre, doit être comprise comme une mesure de la vitesse à laquelle la richesse se concentre entre les mains d’une élite de plus en plus réduite.

L’idée du travailleur « flexible » suggère que l’on doit être prêt à se réinventer à tout moment. On dit que c’est « l’économie qui l’exige.. ». Quand nous utilisons cette phrase, véritable Novlangue du Système Auchan, il faut nous poser la question des Anciens : Cui bono ? A qui cela profite-t-il ?

 C’est par l’accumulation constante de l’expérience dans certains domaines que l’on acquiert une conscience cohérente et entière de soi-même.

L’expérience est une sédimentation qui nécessite un facteur indispensable : le temps. On suit une trajectoire grâce à laquelle on perfectionne ses compétences et sa compréhension. Il n’y a aucune raison qu’une telle expérience se limite au travail manuel.

Le Système Auchan en sacrifiant au culte du jeunisme a oublié cette vérité fondamentale. Nous payons tous aujourd’hui le prix de cet Hubris. Carrefour lui, s’est appuyé sur les compétences reconnues d’un grand professionnel de la Distribution pour redresser cette entreprise elle aussi à un moment de son histoire, en déshérence.

Georges Plassat, 67 ans et né à Bollène n’est pas un lapin de 6 semaines. Ni un poulet boucané !

Normalement, un RRH acquiert une compréhension toujours plus subtile de son métier, une maîtrise croissante de ce qu’est la réalité d’une Organisation comme celle d’un Hypermarché. Il nourrit une familiarité étroite avec le réel, avec le caractère sociologique des institutions qu’il côtoie. CE, CHSCT…

Il noue des relations avec les personnes qui composent ces institutions et avec tous les salariés de son établissement : les Hôtesses de caisse, les vendeurs, les employés libre-service, les agents de sécurité etc…

Son habileté de RRH (ou non), est due à l’accumulation constante de l’expérience dans ses domaines de compétences qui forment ensemble une sorte d’écosystème. Ce professionnalisme est lentement élaboré par le travail. Il représente un véritable artisanat.

Ce RRH utilise un ordinateur, mais il n’appartient pas pour autant à « l’économie numérique » qu’affectionne tout particulièrement le Docteur Mabuse.

L’économie numérique, c’est le pur outil détaché de toute forme d’expérience et qui offre une flexibilité parfaite au marché. Ce que nous entendons par cette expression, c’est un travail dépourvu de traditions qui pourraient offrir une résistance aux caprices du marché, et aux impatiences du capital.

A l’inverse, un « bon travail » est un travail qui se caractérise par la marge qu’il laisse pour progresser en compétences et en compréhension. Un travail qui permet de se battre en vue d’acquérir une excellence reconnue. Cette excellence se révèle lentement à travers un processus d’initiation à la compétence.

Une autre caractéristique d’un travail de qualité est la capacité de mesurer l’effet direct de ce travail dans et sur le monde, et de voir que ses effets sont bénéfiques. C’est ce qui nous permet de nous approprier nos actions, de faire en sorte qu’elles deviennent intelligibles à nos propres yeux : on les assume soi-même, directement en les affirmant publiquement.

Le contraire de ce sentiment, c’est l’Aliénation que nous ressentons tous et toutes dans cette machinerie à broyer les êtres humains qu’est devenue Auchan. C’est un sentiment de déconnexion entre nos actions et la part de nous-mêmes qui évalue ces actions.

Comme si notre corps et notre esprit étaient pris en otage par des étrangers.

C’est ce que l’on ressent quand on met ses moyens, sa capacité d’agir, au service de fins que l’on ne peut pas assumer.

En ce sens, le travail nous déforme le corps et l’âme. Comme le dit Aristophane dans Le Banquet de Platon : «  Nous avons beau chercher la plénitude, nous restons pour toujours des demi-hommes : en quête d’accomplissement ».

 Rendre au travail sa dignité

Le développement des technologies de l’information a considérablement renforcé le caractère implacable et anonyme de l’emprise bureaucratique sur nos existences.

Ces technologies ont permis d’incorporer dans des progiciels de gestion un grand nombre de règles qui se transmettaient avant d’homme à homme.

Structurant désormais le travail quotidien de façon mécanique, elles donnent aux directions l’illusion que toute l’intelligence de l’Organisation est dans la qualité du système d’information et non dans les hommes qui la composent. Erreur tragique !

Enfin, la financiarisation de ces grandes bureaucraties privées, c’est-à-dire leur focalisation sur l’objectif de création de valeur pour l’actionnaire (le fameux Return ou ROE), a contribué à réduire encore plus les moyens à disposition des équipes et leurs marges de manœuvre.

Elle a également ajouté une couche de bureaucratie supplémentaire au travail des cadres en développant la culture du « reporting financier » permanent qui leur donne le sentiment d’être accaparé par les chiffres, les ratios, les indicateurs et tout le tintouin. Faisant de cette catégorie de salariés des hommes et des femmes de plus en plus éloignés du réel.

La soumission à ce déterminisme bureaucratique grandissant au sein du Système Auchan vient contre-carrer notre aspiration à la création, à la participation et au sens.

Nous ne voulons plus vivre sous l’empire de la coercition, de la résignation pour finir dans la souffrance qui « n’est pas uniquement définie par la douleur physique, mais par la diminution, voire la destruction de la capacité d’agir, du pouvoir faire, ressenties comme une atteinte à l’intégrité de soi ». Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, 1990.

Face à cette désespérance qui ravage le Système Auchan, nous FO Auchan Le Pontet proclamons l’urgence de changer de modèle. Le travail est un lieu essentiel du combat pour la dignité humaine. Bâtir un ordre économique qui soutienne la personnalité créative des salariés et qui suscite le développement de solidarités actives et responsables est un enjeu majeur afin de tenter de sauver ce qui peut l’être encore pour ce bateau à la dérive qu’est devenu le Système Auchan.

Ils font tout et ne sont rien.

 Déjà, il y a cinq cent ans, dans L’Utopie (1516), l’humaniste Thomas More, fustigeait une société privilégiant les emplois parasites au détriment des vrais métiers. Vous constaterez que rien n’a changé !

Est-il juste qu’un usurier, un homme qui ne produit rien, ou que des objets de luxe inutiles

a l’Etat, mène une vie splendide au sein d’occupations frivoles, tandis que le charretier,

le laboureur, vivent dans une misère noire ?

 N’est-elle pas inique et ingrate, la société qui prodigue tant de biens à des oisifs, quand elle

méprise le charbonnier, le manœuvre, l’ouvrier, sans lesquels il n’existerait pas de société ?

 Dans son cruel égoïsme, elle abuse de la vigueur de leur jeunesse

pour tirer d’eux le plus de travail et de profit.

 Et dès qu’ils faiblissent sous le poids de l’âge ou de la maladie, alors ils manquent de tout.

 Elle les récompense en les laissant mourir de faim.

 

FORCE OUVRIÈRE LIBRE INDÉPENDANT DÉTERMINÉ

HASTA LA VICTORIA SIEMPRE

  • FO Auchan le Pontet les lanceurs d’alertes.

 

 

 

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