Force Ouvrière - Auchan le Pontet et Vaucluse

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Dégradation de la note Auchan par Standard & Poor’s.

Chers Camarades, chers Collègues.

L’agence de notation américaine Standard & Poor’s (SP) a abaissé le Jeudi 28 Avril 2016 la note de Groupe Auchan d’un cran en invoquant notamment « l’environnement difficile auquel fait face le Groupe sur ses marchés clés en Europe de l’Ouest ».

SP précise que « si une amélioration peut se produire en Chine ainsi que sur certains marchés d’Europe de l’Est, cette dernière ne suffira pas à compenser la faiblesse des opérations en France et en Europe de l’Ouest ».

En conséquence, la notation de Groupe Auchan ainsi que sa filiale Banque Accord passe de A- à B+++. Groupe Auchan se trouve ainsi placé dans la catégorie des émetteurs de qualité moyenne, mais en mesure de faire face à ses obligations de manière adéquate.

Face à de sombres perspectives concernant l’activité commerciale, SP souligne l’engagement de Groupe Auchan à « s’engager activement dans un programme de réduction des coûts ! ».

Nous sommes toujours en attente de connaître les orientations stratégiques annoncées ! Manifestement, la politique « d’optimisation des frais de personnel » va se poursuivre et se durcir.

Cette nouvelle donnée vient confirmer le lent déclin du Système Auchan qui se déploie sous nos yeux. Nous avons tout à craindre d’une intensification des mesures qui vont inéluctablement être prises afin de continuer à réduire les coûts. Et pas seulement nos rémunérations.

Nous allons tenter de vous livrer quelques explications de ce que révèle cette note SP, ne disposant que de la version en anglais que nous vous communiquons à toutes fins utiles.

C’est un moment important pour Groupe Auchan, car cette dégradation de la note d’évaluation reflète le sentiment de défiance qui s’installe petit à petit au sein même de la communauté des investisseurs internationaux.

Et qui va rendre plus onéreux le coût de l’accès au crédit, les bailleurs de fonds exigeant une rémunération plus élevée pour une plus grande prise de risque.

 Toujours soucieux de mettre à votre disposition les éléments de compréhension, nous allons très succinctement vous présenter :

  1. La naissance de la notation financière,
  2. Les définitions de la notation financière,
  3. Le processus de notation financière,
  4. La méthodologie de la notation financière,
  5. L’impact de la notation financière : risques sur le crédit, spreads…
  1. LA NAISSANCE DE LA NOTATION FINANCIERE.

Le consensus de Washington en 1989 a permis une ouverture plus grande des marchés financiers aux investisseurs étrangers. Ces derniers ont besoin de sécuriser les informations mises à leur disposition. Le rating (la note) consiste dans l’évaluation, par une entité indépendante bénéficiant d’une crédibilité suffisante de la part des investisseurs et des acteurs du marché, du risque de non remboursement à bonne date des titres de créance.

Il convient donc de retracer le parcours historique de cette profession, en commençant par ses origines Anglo-saxonnes, pour traiter ensuite de son internationalisation.

La crise financière américaine de 1837.

Cette crise a été à l’origine de la création en 1841 de la première entreprise de vente d’informations financières, « The Mercantile Agency » à New-York. Cela répondait à un besoin accru d’informations des investisseurs en les renseignant sur la solvabilité des entreprises.

Un nouveau métier apparaissait ainsi nécessaire, celui de mieux informer les investisseurs afin de les protéger.

Le développement des chemins de fer aux Etats-Unis fut le véritable moteur derrière la création des premières agences de notation. Les besoins de financement colossaux ont engendré d’importantes opérations financières, comme des appels publics à l’épargne sous forme d’obligations. En 1909, John Moody donna naissance à la toute première agence de notation, Moddy’s Investors Services Incorporation, qui proposait une compilation d’informations statistiques décrivant l’activité de la compagnie concernée.

Elle introduisit ensuite les symboles de son échelle de notation, les « triple A to C » qui devinrent célèbres. En 1922, est crée la Standard Statistic Company.

  1. La Grande Crise de 1929.

La crise de 1929 dévoilera les limites de la notation lorsque de nombreux émetteurs bien notés firent faillite. Une révision de cette activité a été alors effectuée. L’attribution des notes fut plus sévère et une meilleure définition des critères a été entreprise. Ainsi, la note A ne doit être attribuée qu’à une société dont la solidité financière est suffisante pour surmonter une crise d’une telle ampleur.

  1. La faillite en Juin 1970 de la Penn Central Transportation Company.

La faillite de la première entreprise de transport américaine démontra la nécessité d’une meilleure information sur le marché des créances à court terme. En effet, elle fit faillite après avoir émis 80 millions de dollars de « commercial paper » et obtenu le meilleur rating. Tant les procédures que les dispositions des contraintes de tutelle relatives à la notation et à l’information des marchés ont été renforcées.

Par cette courte rétrospective, on perçoit que l’activité de notation a évoluée au gré des crises financières qui lui ont permis de se renforcer et de devenir ainsi plus efficace avec le temps. Cela explique pourquoi les autorités de tutelle ont poussé son développement, la considérant comme un moyen supplémentaire de renforcement de la transparence des marchés.

  1. LES DEFINITIONS DE LA NOTATION FINANCIERE.
  1. Rating.

 Le mot « Rating » est un mot d’origine américaine dont la traduction littérale signifie évaluation : il désigne à la fois un processus (l’analyse du risque) et son résultat final (la note).

Les professionnels retiennent la définition suivante du rating : un processus d’évaluation du risque attaché à un titre de créance, synthétisé en une note permettant un classement en fonction des caractéristiques particulières du titre proposé et des garanties offertes par l’émetteur.

  1. Notation financière.

 La notation financière peut-être définie comme étant l’évaluation par une agence spécialisée et indépendante du risque de défaillance d’un émetteur ou d’une émission par une formalisation objective des facteurs de risques. Elle permet aux investisseurs de déterminer leurs choix en fonction du risque qu’ils souhaitent prendre, et de la rémunération qu’ils cherchent.

 Concernant Groupe Auchan, SP analyse à la fois la capacité et la volonté de remplir ses obligations contractuelles. La notation financière exige de déterminer les risques de crédit, d’analyser les opérations de marché figurant hors bilan, de suivre les créances douteuses et les provisions.

SP cherche à déterminer les capacités de Groupe Auchan à rembourser ses dettes en fonction d’une capacité bénéficiaire récurrente.

  • LE PROCESSUS DE NOTATION FINANCIERE.

L’entreprise souhaitant demander la notation doit présenter un dossier comportant ses statuts, l’extrait du registre du commerce la concernant, ses cinq derniers rapports annuels, ses derniers bilans et comptes de résultats, ainsi que les annexes certifiés par les Commissaires aux Comptes.

Cette demande comporte une adhésion explicite aux conditions de publication et de révision éventuelle de la notation initiale, aux obligations de communications d’informations légales ou privées, bilans, situations comptes provisoires et définitifs, tout événement susceptible d’affecter la vie de l’entreprise.

Cette demande requiert également l’autorisation explicite pour l’agence de prendre connaissance de toutes les informations qui lui paraîtront nécessaires sur l’entreprise auprès de toute personne physique ou morale également tenue au secret professionnel.

L’étude est menée par une équipe dont la composition est définie au cas par cas, sous la direction du correspondant désigné par l’entreprise. Elle comporte obligatoirement un ou plusieurs entretiens avec les dirigeants de l’entreprise.

Elle prend en compte non seulement les données financières et les qualités de l’organisation, mais aussi la situation de l’entreprise par rapport à son environnement, les risques du secteur, le marché et la position sur le marché, l’efficacité technique et commerciale….

  1. LA METHODOLOGIE DE NOTATION FINANCIERE.

 Analyse de l’entreprise.

  • L’environnement macro-économique : celui-ci permet de prendre en compte le contexte national dans lequel évolue la société, de mesurer quelles peuvent être les conséquences de telle ou telle décision politique sur son secteur d’activité. Le BTP, l’industrie automobile, la Grande Distribution par exemple sont très dépendants des orientations politico-économiques retenues par le gouvernement en place.
  • Le risque commercial : les Agences apprécient le risque commercial sous deux angles distincts : l’environnement concurrentiel de l’entreprise et son propre positionnement sur son marché traditionnel.

Pour mesurer la vulnérabilité d’une entreprise, sa capacité de réaction face à des évènements inattendus, une approche du secteur d’activité est indispensable.

Quel est l’état du marché ? Est-il saturé ? Quels sont les nouveaux entrants, les nouvelles formes de concurrence ?

En retenant l’hypothèse que l’entreprise soit très impliquée dans un ou des pays étrangers, quelles seraient les conséquences d’une appréciation ou d’une dévaluation de la monnaie locale ou de l’application de mesures protectionnistes voire de rétorsions commerciales liées à une crise Géopolitique ?

–   Le positionnement de l’entreprise. Après l’analyse de l’environnement concurrentiel, il   convient d’évaluer quelles ont les forces et faiblesses de l’entreprise au travers de questions simples : quelle est sa part de marché ? A-t-elle une maîtrise de son activité (ex pour Groupe Auchan, l’évolution du CA sur 5 ans, la forme de progression/régression est-elle régulière ou bien heurtée ?), l’entreprise est-elle bien diversifiée ou dépend-elle d’une activité « vache à lait » ? (Groupe Auchan à déjà souligné l’importance stratégique des magasins appelés « coffres forts » qui sont justement l’objet d’importantes régressions..).

La rentabilité est également minutieusement examinée. Les résultats de l’entreprise sont-ils récurrents ? Quelle est la formation du résultat (hors éléments exceptionnels) ?

Au travers de ces quelques questions, qui ne sont pas limitatives, l’agence de notation essaye de définir clairement la stratégie commerciale (offensive-défensive) de l’entreprise et de son organisation afin de vérifier sa pertinence.

  • Le risque financier. La mesure du risque financier tient compte ex-ante de la configuration comptable de l’entreprise de telle sorte que celle-ci soit compatible avec les normes comptables de référence. Les résultats d’une entreprise peuvent être dépendants d’un traitement particulier de la survaleur (amortissable ou imputable sur les fonds propres), de règles inhabituelles d’amortissement, de provisions mal ajustées…
  • L’analyse financière est articulée autour de cinq axes.
  1. La politique financière. L’entreprise a-t-elle les moyens de satisfaire ses ambitions commerciales ? Par exemple, une politique de croissance très soutenue est peu compatible avec une structure financière dégradée. L’entreprise s’est-elle imposée une rémunération minimale de fonds propres ? Adopte-t-elle une politique de distribution de dividendes ? A-t-elle fixée un seuil d’endettement à ne pas dépasser, notamment en fonction de son niveau de fonds propres ?
  1. La rentabilité. Une bonne rentabilité (le ROE) permet de renforcer les fonds propres et donc d’assurer la pérennité de l’entreprise, de stabiliser l’actionnariat qui est très sensible aux bénéfices dégagés par la société, de rassurer tous les créanciers traditionnels (fournisseurs, banques…).

Les ratios les plus couramment utilisés : la marge opérationnelle, la couverture des frais financiers nets par le cash flow après variation du BFR (besoin en fonds de roulement), la capacité d’autofinancement, les dettes financières nettes/capitaux propres élargis, le résultat net/fonds propres enfin la dette nette/ capital + dette nette.

  1. c) La structure financière. Quel est le niveau d’endettement total de               l’entreprise, y compris les éventuels engagements hors-bilan ?   Quel est le rapport « endettement/fonds propres » ? Les agences de notation sont très sensibles à cette notion. Quelle est la structure d’endettement de l’entreprise ? Est-elle endettée à taux fixes, à taux variables ? Ainsi, une entreprise qui financerait des emplois longs par des ressources courtes, s’exposerait à un risque de transformation, terme qui intègre les notions de risques de liquidité et de taux. En effet, si l’entreprise se refinance à court terme, elle n’a pas la certitude au bout de six mois ou d’un an, de trouver de nouvelles liquidités sur le marché (risque de liquidité).   En outre, en admettant qu’elle les obtienne facilement, elle les paiera peut-être beaucoup plus cher, ce qui alourdira ses charges financières (risque de taux).
  2. d) L’autofinancement. Pour Standard & Poor ‘s, l ‘analyse de l’autofinancement permet de mesurer « la capacité de la société à couvrir ses dépenses récurrentes (besoins en fonds de roulement, investissements, dividendes) et de dégager une marge nette d’autofinancement qui détermine sa flexibilité financière pour financer sa croissance et /ou rembourser sa dette. Le degré de couverture de la dette par la marge brute d’autofinancement insuffisante rend la société structurellement dépendante de financements externes ».
  3. e)     La flexibilité financière. La flexibilité financière est la capacité d’une       entreprise à faire face à un événement imprévu (ex, une modification soudaine de la réglementation, un conflit social très dur…), sans obérer sa situation financière et mettre en péril ses équilibres financiers, et donc, son indépendance. La flexibilité peut-être appréciée au travers : des résultats d’autofinancement de l’entreprise, de la facilité avec laquelle l’entreprise peut mobiliser des fonds, des réserves latentes ou des plus values potentielles facilement réalisables.
  1. L’IMPACT DE LA NOTATION FINANCIERE : RISQUES SUR LE CREDIT, SPREADS…

 Prenant en compte ces éléments d’analyse, les Agences de notation attribuent une note qui s’établit schématiquement de A à D avec des échelons intermédiaires.

Les notations vont de AAA (triple A, qualité maximale) à D (grand danger de défaut).

 SP vient de dégrader Groupe Auchan à « Qualité moyenne inférieure : BBB+ ». (Voir grille).

Une société qui passe en moins d’un an de la catégorie « Investissements, A et B » à la catégorie « Spéculative, notes inférieures » est qualifiée de Fallen Angel (ange déchu).

Impact sur le risque de crédit (Spread de crédit).

On appelle risque de crédit ou encore Spread de crédit, la rémunération exigée par les investisseurs en compensation du risque global encouru par la détention de la créance. Plus précisément, le risque crédit caractérise concrètement la perception du risque par les investisseurs.

Un investisseur ne consentira donc à investir dans un emprunt avec notation inférieure que moyennant le paiement d’un taux d’intérêt incluant une prime de risque censée couvrir le risque de perte.

En ce sens, la dégradation de la note de Groupe Auchan est une mauvaise nouvelle de plus car elle va rendre l’accès au crédit sur les places internationales plus onéreux.

– Impact sur la Mondialisation.

Dans une économie globale au sein de laquelle les capitaux circulent librement, les Agences de notation financière sont un élément important de développement. Sans une notation financière en laquelle l’investisseur peut faire confiance, il est illusoire de promouvoir la libre circulation des capitaux, un investisseur ne s’impliquant que lorsqu’il comprend, ou croit comprendre, les risques auxquels il est confronté.

Ce qu’il faut retenir de la dégradation de Groupe Auchan par Standard & Poor’s.

 A un moment où Groupe Auchan est confronté à tout un ensemble de problématiques qui nous impactent très durement tant dans nos emplois (suppression d’emplois en France), nos rémunérations (blocage des salaires et disparition de pratiquement tous nos systèmes de primes), ainsi que dans nos conditions de travail (jamais le niveau de stress sur les équipes n’a été aussi élevé), cette très mauvaise nouvelle vient matérialiser la défiance qui s’installe maintenant au sein même de la communauté financière.

Nous avons déjà soulignés les graves conséquences de cette crise de confiance qui ravage la crédibilité du Système Auchan. Le mépris, l’arrogance et l’incompétence, véritable déchaînement de l’Hubris, rendent nos Dirigeants totalement incapables d’engager une véritable politique de redressement (le déni de réalité), nous conduisant droit dans le mur…. en klaxonnant.

Qu’ils aillent se fracasser contre le mur de la réalité, c’est leur problème. Le nôtre, c’est qu’ils nous ont embarqués avec eux à bord de cette croisière qui, comme bien d’autres, risque de s’achever dans la désillusion, les pleurs et la colère ! Mortelle randonnée.

 

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Le temps est un peu couvert,

mais la météo pour demain laisse entrevoir une amélioration dans l’après-midi

FORCE OUVRIÈRE LIBRE INDÉPENDANT DÉTERMINÉ

HASTA LA VICTORIA SIEMPRE

 

1 Comment

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  1. tout va très bien madame la marquise.

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