Force Ouvrière - Auchan le Pontet et Vaucluse

- Un syndicat libre, indépendant, déterminé !

Déconstruire le Système Auchan. La crise de confiance, partie III.

Chers Camarades, chers Collègues,

 

Qu’il s’agisse des manuels de management ou de la littérature consacrée au développement personnel, l’attitude la plus valorisée semble être la capacité à s’imposer aux autres.

Et cela grâce à cette forme ridicule d’assurance en soi, qui confie à la morgue, la certitude d’avoir raison est la marque des vaniteux de petit calibre.

C’est pourtant ce que vantent nos joyeuses bibles managériales qui circulent chez Auchan, multipliant les recettes pour aider les individus à renforcer leur ascendant sur les autres.

Rien ne doit plus arrêter le manager Auchan lorsqu’il a une idée ou un projet dans la tête : ni les contradicteurs, ni les oppositions. Cette attitude méprisante, nous ne cessons de la dénoncer. Elle rend sourds et aveugles nos dirigeants. Ils sont pleins d’eux-mêmes, si pleins d’eux-mêmes. Cette arrogance qui est un véritable marqueur chez Auchan, participe largement à l’effondrement de nos résultats comme nous l’avons déjà analysés.

Face au pragmatisme des indépendants et à l’organisation impressionnante de Lidl par exemple qui vient d’annoncer l’ouverture de 100 nouveaux points de vente en 2016 (voir article Linéaires du 04 Février 2016), les « postures managériales » comme ils disent, ne suffisent plus.

Bien que formulées de façon complexe, les règles pour survivre et s’affirmer dans le Système Auchan sont simples : confiance en soi, contrôle des émotions, maîtrise du langage.

Pour arriver à convaincre, il faut « sélectionner » une pensée qui « accroche » et « interpelle » les autres ; il faut utiliser un langage qui surprend, rebondit, accélère ou ralentit selon les réactions qu’on perçoit autour de soi, sans pour autant perdre de vue le fil conducteur de son discours et les objectifs envisagés.

Pour être capable de négocier, il convient de repérer le plus rapidement possible les éléments en jeu dans la situation qui se présente, créer les conditions les plus appropriées pour déboucher sur un résultat « gagnant/gagnant », et susciter ainsi une « adhésion authentique » à ce résultat….

Chacun d’entre nous sait parfaitement bien qu’il n’y a aucune authenticité derrière ce langage. Mais qu’importe. Au fond, dans un univers où tout le monde profite, soyez les profiteurs ! Peu importe si le langage est instrumentalisé et si, par ce biais, on manipule les gens.

La négation du principe de réalité

L’idée clé derrière cette belle vision de l’homme n’est certes pas tout à fait nouvelle. Il suffit de penser aux ouvrages des Jansénistes du XVII ème siècle, et tout particulièrement Pierre Nicole et son analyse de l’amour-propre.

Nous vous livrons ici une clé fondamentale pour bien comprendre de quoi relève le Système Auchan. Cette déconstruction pierre par pierre fait apparaître la nature profonde de l’entreprise. Il ne sert à rien de s’agiter face au désastre si on ne comprend pas quels sont les ressorts psychologiques qui animent nos dirigeants, tellement intégrés qu’ils ne s’en rendent même pas compte. Ce cheminement « hors-sol » est la caractéristique des Systèmes à bout de souffle qui, ne sachant pas ce qu’ils doivent faire, font de plus en plus mal ce qu’ils savaient faire… jadis.

Revenons à Pierre Nicole (1625-1695). Pour ce dernier, chaque individu recherche la satisfaction de ses désirs par la flatterie et la ruse. Il n’y a pas de véritable acte vertueux, contrairement à ce que prétendent les dévots (vous vous rappelez, les idiots-utiles…). Ainsi, Pierre Nicole et avec lui les Jansénistes est-il convaincu que, pour dominer autrui, il n’y a pas de meilleur moyen que d’asservir son amour-propre en faisant semblant de le servir.

Les uns tâchent de se rendre utiles à nos intérêts (rappelez-vous, ces prodigieux discours de la DRH sur le développement personnel…), les autres emploient la flatterie pour tenter d’obtenir notre adhésion. Sans beaucoup de résultats….

« On donne pour obtenir. C’est la source et le fondement de tout commerce qui se pratique entre les hommes, et qui se diversifie en mille manières ; car on ne fait pas seulement trafic de travaux, de services, d’assiduités, de civilités ; et on échange tout cela, ou contre des choses de même nature, ou contre des biens plus réels, comme quand par de vaines complaisances on obtient des commodités effectives » (Pierre Nicole. Œuvres philosophiques et morales, Georg Olms Verlag 1970, p 181).

Mais il ne serait jamais venu à l’esprit de quiconque de croire que chacun est entièrement responsable de ce qui lui arrive et que, par conséquent, chacun a en soi les instruments pour changer ce qui ne va pas. C’est pourtant le slogan implicite de Auchan : vous devez reconnaître que vous êtes seul responsable de la vie que vous vous êtes faite. Vous devez reconnaître que c’est à vous seul que vous devez d’être dans un monde comme celui dans lequel vous vous trouvez.

Votre état de santé, vos finances, votre vie amoureuse, votre vie professionnelle, tout cela est votre œuvre, et celle de personne d’autre.

L’idée pour Auchan est très simple : ce n’est pas le monde qu’il faut changer, mais vous !

 Comme si on pouvait réellement tout contrôler, non seulement ses propres réactions et ses propres émotions, mais aussi les réactions et les émotions des autres, sans parler de l’environnement (familial, professionnel, politique) dans lequel on évolue.

Avec des positions aussi primaires, la négation du principe de réalité touche à son apogée, avec tout ce que cela entraîne : culpabilisation et souffrance pour les uns ; toute-puissance de la volonté et manipulation pour les autres. D’autant que les salariés d’Auchan se trouvent confrontés à une double contrainte (Double Bind) : d’une part, on nous incite à avoir confiance en nous, et d’autre part, nous sommes systématiquement soumis aux jugements et autres évaluations d’un Système qui ne supporte pas les défaillances et pour qui seule compte la réussite économique : le chiffre nom d’un petit bonhomme, le chiffre…

De ce point de vue, la sophistique managériale est fort utile. Pour Auchan, le discours est toujours ruse, puisqu’il donne à croire que la réussite de la forme signifie la justesse du fond, et qu’elle mêle donc systématiquement l’esthétique à l’éthique…

Mais que reste-t-il de la vérité face à cette violence larvée de la rhétorique communicationnelle ?

Pascal, dans Les Provinciales, expliquait que la violence et la vérité ne peuvent rien l’une sur l’autre. « C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaye d’opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité et ne servent qu’à la relever davantage ». Blaise Pascal, Les Provinciales, Paris, Garnier, 1957.

Pour Auchan, l’objectif de la communication n’est absolument pas de pratiquer la franchise et la transparence, de créer un espace qui permette à la parole de circuler, mais plutôt un lieu où les individus sont amenés à devenir « convaincus » par le discours qu’ils entendent.

C’est pourquoi on peut parler ici de rhétorique, plus encore que de communication, la rhétorique ayant justement pour objectif celui de convaincre. De ce point de vue, chaque fois qu’on y a recours, on glisse inévitablement du terrain de la logique à celui de la psychologie.

L’idée de manipulation n’est jamais très loin.

La question, n’est pas l’objectivité d’un savoir, ni la pertinence d’une décision, mais la subjectivité de celui à qui on s’adresse. Qu’est-il prêt à entendre ? Que peut-on lui « servir » pour qu’il puisse y adhérer ?

Et c’est là très précisément que se noue le drame que nous vivons à Auchan : la communication au service de la manipulation qui à totalement détruit la confiance.

Un champ de ruines.

Rions plutôt que de trembler

 La joie est l’émotion positive la plus fédératrice, dans un modèle d’entreprise pétri d’émotions négatives : la peur, la jalousie, la colère, la rancœur, la frustration, la tristesse qui grippent le Système.

Comment être un peu plus libres ? Vaste sujet…

Sans prétendre répondre entièrement à cette question centrale, il nous est apparu nécessaire de mettre à votre disposition, les éléments de compréhension des mécanismes qui sont à l’œuvre chez Auchan pour mieux nous asservir au profit exclusif des Princes qui nous gouvernent.

C’est une arme redoutable que l’accès à la connaissance. Cela permet de considérer tous ces discours et ces postures pour ce qu’ils sont en réalité avec les tristes résultats associés : une clownerie qui ne déshonorent que ceux et celles qui y participent.

Et la connaissance apporte la joie, cette énergie qui, face à toutes les crises et toutes les catastrophes dont l’avenir est gros pour Auchan, nous enjoint de résister en retrouvant le véritable sens de l’amitié et de la solidarité. Auchan à toujours pratiqué la division pour imposer ses objectifs, allant jusqu’à enrégimenter les idiots utiles pour servir la soupe. Il ne tient qu’à nous que cela cesse.

Aujourd’hui, personne ne pourra dire : « Je ne savais pas… ».

Après avoir traités de la communication et de la confiance, nous allons poursuivre en abordant au cours des semaines qui viennent, d’autres aspects très révélateurs du Système.

C’est un lent et patient travail de déconstruction de ce qui se révèle n’être, au final, qu’une machinerie au service des Princes qui nous gouvernent, ces derniers nous faisant la grâce après avoir détruits tous les systèmes qui faisaient la particularité d’Auchan, de conserver nos emplois réduits à leur plus simple expression. La bouffonnerie en plus.

« Il n’y a pas de problème qu’une absence de solution ne finisse à la longue par résoudre »

FORCE OUVRIÈRE LIBRE, INDÉPENDANT, DÉTERMINÉ

HASTA LA VICTORIA SIEMPRE 

 

 

 

 

 

6 Comments

Add a Comment
  1. Bonjour je ne suis pas d accord avec vous moi je suis employé commercial au rayon volaille je suis d accord on assiste au décès des primes de progrès R.I.P les primes on mériterait un peu plus de salaire mais moi personnellement je ne travaille pas pour mon patron mais pour mes clients surtout les fidèles du matin avec qui on rigole et je fais mon possible pour les satisfaire au mieux et les rendre heureux de faire les courses à auchan c’est pour ma fierté du travail bien accompli et si certains employés arrêter d envoyer ballader les clients je suis sur il y en a aussi dans vos magasins des employés comme ça le bouche à oreille marcherez mieux et on aurait plus de clients et peut-être avec chance plus de prime car un client heureux c est deux de gagner mais un client mecontent c’est dix de perdu je pense car les gens disent plus facilement du mal d une enseigne plutôt que du bien merci

    1. Syndicat Force Ouvrière

      Cher Olivier,

      Merci pour ton commentaire qui illustre parfaitement bien ce qui est l’objet même de notre réflexion.

      De très nombreux salariés partagent avec toi ce souci du travail bien fait, cette proximité que tu entretiens avec les clients, cet
      engagement non pas pour servir les Princes qui nous gouvernent, mais simplement pour la satisfaction ressentie d’avoir fait
      ton travail avec coeur et conscience professionnelle.

      Et c’est cela qui nous révolte : que tant de salariés soient ainsi utilisés, leur âme et leur coeur mis au profit de tant d’incompétence et de
      cynisme révèle à quel degré de décomposition nous sommes arrivés.

      Bien sûr que nous ne travaillons pas exclusivement pour un salaire, même si de plus en plus parmi nous sont dans la difficulté.

      Nous travaillons également pour donner un sens à notre existence, pour connaître dans le travail cette solidarité que le monde moderne
      pétri d’égoïsme et d’individualisme nous refuse.

      Alors Olivier, ne lâche rien. Essaye de continuer à faire ton métier comme tu le fais. Mais en même temps, rien ne t’interdit de regarder ce qui se passe
      autour de toi. Cet engagement au service de l’entreprise, c’est une part sacrée de toi que rien ni personne n’a le droit de détourner à son profit.

      Nous t’offrons ce très beau texte de Peter HANDKE qui est cher à notre coeur. Fais en bon usage.

      « Joue le jeu. Menace le travail encore plus. Ne sois pas le personnage principal.
      Cherche la confrontation. Mais n’aie pas d’intention.
      Evite les arrières-pensées. Ne tais rien. Sois doux et fort.
      Sois malin, interviens et méprise la victoire.
      N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant.

      Sois inébranlable. Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond, prend soin de
      l’espace et considère chacun dans son image.
      Ne décide qu’enthousiasmé. Echoue avec tranquillité. Surtout aie du temps et fait des détours.
      Laisse toi distraire. Mets-toi pour ainsi dire en congé.

      Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau. Entre où tu en as envie et accorde-toi le soleil.
      Donne des forces aux inconnus, penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne, fous-toi du
      drame du destin, dédaigne le malheur, apaise le conflit de ton rire.

      Mets toi dans tes couleurs, sois dans ton droit, et que le bruit des feuilles devienne doux.

      Passe par les villages, je te suis ».

      Peter HANDKE. Par les villages.

      Merci encore, Olivier, pour ce beau témoignage.

      1. Bonsoir
        votre réthorique bien qu’intéressante a le défaut de ne pas être compréhensible par la plupart des travailleurs d’auchan et beaucoup, hélas!délaissent désormais vos publications
        De grâce parlez simplement merci
        Evelyne Noyelles

        1. Syndicat Force Ouvrière

          Salut Evelyne,

          Je ne pense pas qu’ils ne comprennent pas car au fond d’eux ils ont la connaissance mais hélas restée trop longtemps endormie par les discours de nos DG.
          Il fallait expliquer réellement le système Auchan et le décortiquer petit à petit afin de montrer à ceux d’en haut que ceux d’en bas parle aussi leur langage et bien plus, le comprenne.
          Rassure-toi nous continuons nos posts classiques.
          Mais comme tu peux le voir et le constater Auchan ne communique sur rien même pas ses chiffres ! Étrange ou inquiétant ?
          A bientôt Evelyne et bon courage.

  2. Nous vivons et travaillons dans une secte qui a pour but d enrichir nos amis belges. La manipulation, l exploitation et la division des employés y sont légions. Quand je regarde au quotidien les neuneus asservissant nos dirigeants, je prend pleine conscience de l imbécilité de ces demeurés qui ne se rendent même pas compte qu en asservissant nos dirigeants, ils se le font mettre bien profond …
    Mais peut être pensent-ils avoir des privilèges …
    Comme il se dit, d un âne on en fera pas un cheval de course !
    L intelligence n est pas donné à tous le monde … Malheureusement.

  3. Le principe de la déconstruction est bien défini. La linguistique et le verbiage sont bien rodés. Je me rappel de ces nouvelles formes de symboles de la pensée unique où, si vous ne pensez pas comme moi vous n’êtes pas de cette société. Nous l’avons vu au niveau politique national dans notre pays, où nous avons vu évoluer le langage. Il ne faut plus dire femme de ménage, mais technicienne de surface. On ne dit plus un aveugle ou un sourd mais un mal voyant ou mal entendant. Pour les animations sportives, nous ne parlons plus de ballon, mais de référentiel bondissant. Bref avec cette belle dialectique vous ne mangez plus de la salade verte, mais le délice des escargots et quant au fromage, vous vous délectez de l’offrande du berger. En gros et malgré ce beau verbiage, demain vous allez chier quand même de la merde.
    Rendre beau le discours et qu’il soit ampoulé, bien émaillé d’anecdotes et surtout avec des idées flash et répétées pour bien marquer les esprits. Nous le voyons aujourd’hui sur les murs en entrant dans le magasin par l’accès du personnel. Mais il y a une chose qui ne peut pas changer, c’est le faciès de l’individu. Je me rappelle avoir vu des personnes dans le magasin jouer un jeu, mais ne pas remplir un rôle. Des personnes tout feu tout flamme, qui par leur sourire commercial et leur soit disant bonne humeur, toujours plein d’énergie et jouant le bout- entrain, passer devant la caméra de cette fameuse entrée le matin ou l’après-midi,qui nous montraient leur visage de personne qui devaient donner représentation. Leur figure triste et austère ne reflétait pas cette soit disant joie de vivre la vie Auchan.
    La mascarade devient une farce, où quand les masques tombent nous voyons de pauvres individus qui ne sont que l’ombre d’eux même. Il en est ainsi de la « comédia del arte » ou tout le monde porte un masque et joue un personnage « personna » et à la fin nous voyons le vrai visage. Si le public est satisfait de la représentation il applaudira, mais bien souvent ce sera le jet de tomate. Au moins s’il y a assez de tomate, ils pourront se recycler dans la pizza.

    Bonne réflexion

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© 2012 - 2017 | Force Ouvrière - Auchan le Pontet