Force Ouvrière - Auchan le Pontet et Vaucluse

- Un syndicat libre, indépendant, déterminé !

Déconstruire le Système Auchan. La crise de confiance, partie I.

Chers Camarades, Chers Collègues,

 

L’individu contemporain est obsédé par la maîtrise de sa vie : il doit pouvoir « gérer son temps », « maîtriser son avenir », « contrôler son corps »… autant d’expressions qui renvoient à l’idée que chaque individu a aujourd’hui la possibilité (et le devoir) d’organiser et d’utiliser au mieux son temps et ses énergies afin de « réussir ».

L’annonce passée par Auchan le 19 Janvier 2016 aux fins de recruter de futurs « Managers commerce » participe de cette rhétorique qui magnifie la fonction : voir annonce.

« Et vous, la vie, vous l’aimez comment ? Pleine de challenges, d’aventures, de partage et de découvertes ? ». Après avoir intégré Koh-Lanta, le nouveau manager va devenir thérapeute en « faisant grandir votre équipe et en cultivant les talents de chacun… » Une nouvelle agriculture biologique matérialisant cette psychologie des profondeurs de Carl Gustav JUNG.

Et votre maître, en échange de cet engagement au service du Cash, « va vous apporter une ambiance de travail propice à votre épanouissement, des challenges pour vous stimuler et vous valoriser….. et les moyens de révéler vos talents ». Le bon petit soldat engagé dans la grande guerre économique du XXI ème siècle au service de la World Company.

Ce discours grotesque et ridicule s’inscrit parfaitement bien dans cette problématique contemporaine pour gérer et maîtriser sa vie comme un champion…

On doit réussir sa vie comme on réussit son régime. On doit réussir ses enfants comme on réussit ses vacances. On doit réussir son couple comme on réussit une sauce…

A partir du moment où l’on se « pose les bonnes questions » et qu’on s’en « tient aux bonnes règles », on ne peut qu’obtenir les résultats escomptés. C’est le principe de la mayonnaise. Si la mayonnaise ne prend pas, c’est que vous n’avez pas suivi à la lettre la bonne recette.

Il en va de même dans les autre domaines de la vie : si vous ne réussissez pas votre régime ou si votre homme vous quitte, c’est votre faute…

Vous n’avez pas « assuré ». Vous n’avez pas bien « maîtrisé la situation ». Vous n’avez pas eu suffisamment de « confiance en vous »… C’est à vous qu’il appartient de « gérer » votre vie, disent les managers d’Auchan, ces guérisseurs de l’âme.

Du latin gerere, le verbe « gérer » signifie « administrer », et il est en général employé lorsqu’on parle de biens, d’intérêts ou d’affaires. Dans un sens plus large, on peut utiliser le terme dans le sens d’organiser.

Quant au verbe « maîtriser », il évoque systématiquement l’idée de contrôle : on peut maîtriser quelqu’un en le soumettant à sa domination, en l’asservissant, ou encore en l’assujettissant ; mais on peut aussi se maîtriser soi-même par le biais d’un contrôle exercé sur ses passions, ses émotions et ses réflexes – d’où toute une série de synonymes comme « contenir », « dompter », « refouler », « réprimer », « surmonter », « vaincre »…

Mais pourquoi faudrait-il contrôler ses émotions et gérer son temps ? Comment concilier l’idée d’un bien-être personnel avec ce modèle contraignant qui ne peut qu’entraîner la mise à l’écart d’une partie importante de son monde intérieur ?

Comment peut-on à la fois être « libre » et « maître de toutes ses passions » ?

La rhétorique contemporaine est bien rôdée. On nous le répète jusqu’à plus soif : chaque individu doit-être libre de choisir la vie qui lui convient : il doit pouvoir « être lui-même », « être bien dans son corps et dans sa tête », « vivre des relations harmonieuses avec les autres » etc… C’est ce que le Philosophe Charles Taylor appelle, non sans un brin d’ironie, la « quête personnelle ». (Les Sources du moi, Seuil, 1998).

Pour cela, cependant, il ne suffit pas « d’être ». Un individu doit en outre apprendre à mieux gérer son temps et son avenir ; il doit être capable de maîtriser son corps et sa pensée. Il nous a été rapporté des scènes de comique troupier où le Président Fondateur Himself est descendu en Avignon début 2011 pour apprendre des exercices respiratoires à une assemblée soigneusement sélectionnée aux fins d’irradier la chaleur humaine dans la DO. Cette chaleur humaine étant censée déclencher une explosion des Cashs… Un exemple de ce qu’est la « pensée magique ».

Une séance de selfie a même été organisée avec les adeptes. On a évités la lévitation et la rotation des tables.

Depuis les vidéo-clips jusqu’aux images publicitaires, le sujet contemporain est confronté à un nombre croissant de représentations et de discours qui renvoient tous, d’une façon ou d’une autre, à l’idée de contrôle : exhiber un corps bien maîtrisé semble la preuve la plus évidente de la capacité d’un individu à assurer un contrôle sur sa vie ; faire preuve d’un langage politiquement correct est le signe de sa capacité à composer avec ses émotions et de réprimer ses humeurs sombres ; développer une « attitude positive » est la marque du winner qui ne se laisse pas abattre par l’adversité, etc.

La quête personnelle se focalise ainsi sur le souci de l’apparence (business oblige). Mais ce n’est pas tout. Pour faire preuve de valeur, il faut aussi être capable de faire preuve de convivialité et de motivation, en ayant confiance en soi et en suscitant l’admiration et le respect des autres.

Le degré d’autonomie de chacun dépend de sa capacité à « prendre soin de soi-même » : chaque individu est ainsi non seulement rendu responsable de sa vie et de sa réussite, mais il est aussi culpabilisé lorsqu’il n’arrive pas à tout « gérer » et à tout « maîtriser ».

La liberté individuelle triomphe ! En fait, au nom de cette liberté, chacun doit suivre toute une série de règles et de normes qui lui permettent de se conformer aux lois du savoir-vivre qui, aujourd’hui, lui imposent d’être efficace, performant, excellent. S’il n’y arrive pas, c’est qu’il n’a pas appris à être libre et autonome dans un monde où, ceux qui réussissent le savent bien, « tout est désormais possible ».

Que dire cependant des aléas de la vie qui, par définition, échappent aux contrôles ? Comment être libre dans un univers où le contrôle est progressivement devenu un devoir absolu auquel personne ne peut déroger, sauf à se voir automatiquement exclu de la communauté des gens qui réussissent dans la vie ?

Confiance et Contrôle

Parmi les multiples clés de réussite proposées par la boîte à outils managériale chez Auchan, l’une des plus souvent évoquées est la confiance en soi. « Dès lors que l’on s’accorde de la confiance, on peut en donner, car la relation aux autres n’est que le miroir du rapport que nous entretenons avec nous-mêmes ». Voir article Doctissimo du 27 Mars 2009.

La confiance en soi est la recette du succès. Une fois qu’on a confiance en soi, tout s’ensuit : du succès au bonheur, en passant par la réussite professionnelle et l’amour. Tout cela paraît fort simple et on s’étonne que tous ceux qui ont eu tellement confiance en eux, à l’image de Jeffrey Skilling, finissent un jour par s’effondrer ou à croupir en prison….

Il suffit pourtant de s’arrêter quelques instants sur le sens de ces mots, désormais employés à tort et à travers, pour en mesurer toute la faiblesse. La confiance est-elle quelque chose qu’on peut s’accorder de façon consciente et volontaire ?

Suffit-il de vouloir, comme le croit le Système Auchan, pour pouvoir ?

N’y a-t-il pas des contraintes internes et des conditions externes qui peuvent nous conditionner ?

Au sens strict, la confiance renvoie au sentiment qui fait qu’on se fie à quelqu’un ou à quelque chose. La confiance exige l’existence d’une relation qui, de facto, se met en place tout d’abord dans des actes de communication. Elle peut advenir de façon graduelle, mais aussi soudainement.

On fait confiance. Un point c’est tout. C’est pourquoi la confiance va de pair avec la vulnérabilité et la dépendance : lorsqu’on fait confiance, on laisse à l’autre la possibilité de nous trahir.

Et c’est ce qui nous fait tant souffrir lorsque l’on commence à réaliser qu’Auchan nous a menti et trompés, trahissant ainsi notre confiance. La collusion avec la CFTC nous donne le sentiment d’un véritable viol collectif.

La confiance humaine « contient en elle-même le germe de la trahison ». James Hillman, la trahison et autres essais. Paris, Payot 2004, page 16.

En résumé :

Depuis que nous avons débutés ce travail fondamental de déconstruction du Système Auchan, nous avons reçus de très nombreux témoignages de salariés qui nous remercient de leur permettre de pouvoir ainsi commencer à comprendre la nature de la machinerie Auchan uniquement dédiée à l’enrichissement de cette Oligarchie qu’on appelle l’AFM. Le Grand Dévoilement.

Pendant longtemps, un management que d’aucuns qualifient de paternaliste à permis à l’entreprise de se développer sur un socle de valeurs qui fédéraient les énergies. Nous avions confiance.

Las, une nouvelle approche de la Direction à base de Gouvernance et autres foutaises s’est imposée et a détruit de l’intérieur les fondations qui faisaient la force du Projet d’entreprise.

Une subordination aux intérêts mondialistes parfaitement illustrée par la comédie de Davos, le lieu où la globalisation tient salon.

Le salut viendra du « return » (ROE) sur nos investissements en Russie et en Chine, disent-ils. Il se trouve que la « mondialisation heureuse » chère à Alain Minc à du plomb dans l’aile. Les BRICS qui devaient tirer la croissance ne tiennent pas toutes leurs promesses. C’est peu de le dire. Nous y reviendrons longuement lorsque nous aborderons cette question fondamentale de la mondialisation.

 

Confiance, Partage, Progrès ?

 

Gérard, reviens, ils sont devenus fous.

FORCE OUVRIÈRE LIBRE INDÉPENDANT DÉTERMINÉ

HASTA LA VICTORIA SIEMPRE 

1 Comment

Add a Comment
  1. La confiance:

    Le progrès n’a d’avenir que si on le partage. Petite phrase d’un homme bien pensant, lors d’une élocution devant un parterre de politiques et d’hommes d’affaires.
    Pour cela un appel à la confiance a été fait.
    La confiance, c’est quoi? Permettez moi un peu de compréhension sur ce mot.
    Si vous découpez le mot confiance, vous avec le préfixe « con » qui veux dire avec, ensemble et fiance de feder » croire en » et plus précisément du latin fides « la foi ».
    La foi en l’autre, évoque le fait de donner du crédit au vis à vis. Crédit qui vient du mot crédo, ce en quoi on croit.
    Quand à la partie fiance, elle a donné le mot fiancé.
    Donc les fiancés, sont des gens qui vont s’unir sur la foi en l’autre et construirons un crédo pour définir cette union.
    La période des fiançailles passées vient le mariage. C’est là que commence la vrai vie, faites avec des hauts et des bas.
    Où en est la confiance du départ?
    Les échecs et les réussites seront aux rendez-vous. Il est plus souvent aisé de parler des ces voyages en première classe que de dire que l’on a voyagé dans le soufflet du train.
    Reconnaitre ses échecs et les acceptés c’est savoir être un homme. Refuser cela c’est mentir et la confiance est trahie.
    La véritable liberté pour un homme, c’est d’être debout et faire de ses échecs un moyen de progression. Tout en étant conscient de sa propre faiblesse.
    Un sage disait: » ton pire ennemi c’est toi »
    Avoir trop confiance en soi, amène un égo surdimensionné.
    Delà l’adage: » Plus haut tu t’élèvera, plus dure sera la chute »
    Bonne réflexion

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© 2012 - 2017 | Force Ouvrière - Auchan le Pontet