Force Ouvrière - Auchan le Pontet et Vaucluse

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Big Mother : la nouvelle vocation d’Auchan Retail

Chers Camarades, chers Collègues,

 

Nous poursuivons notre réflexion sur les principes théologiques qui fondent le Système Auchan en abordant cette fois la question du contrôle par le coaching.

S’inspirants des thèses de Michel Foucault sur le Pouvoir pastoral, nous pouvons observer la façon dont nos dirigeants utilisent les techniques de « développement personnel » comme une nouvelle forme de gouvernementalité qui repose sur la proximité « bienveillante » et la relation « horizontale » du Pasteur et de son troupeau. Voir Sécurité, territoire et population, Cours au Collège de France, 1977-1978.

Introduisant une modification substantielle des relations interpersonnelles et des rapports sociaux, le développement personnel, et le coaching à sa suite, opère une euphémisation des rapports de force au profit d’une gouvernementalité libérale qui s’appuie sur la servitude volontaire des salariés Auchan.

Le coaching à la mode Auchan se présente comme étant au service d’une domination qui essaye d’être subtile. Tout l’enjeu pour les Princes qui nous gouvernent est de remplacer le « pouvoir », implicitement contenu dans le terme de contrôle, par de la « docilité », de la « communication » en tant que dispositifs de régulation des pensées et des actions humaines.

Le programme « Du bon, du sain et du local » est un des piliers de la « Vision » d’Auchan Retail. Nous avons là une très belle illustration de comment les Firmes Multinationales nous vident de nous pour nous remplir d’elles. Et tout ça avec la main sur le cœur en se revendiquant de « l’Empire du Bien ». Observons de près cette entreprise de normalisation des salariés.

Apprendre à bien vivre se fait sur le temps de travail

 « Vous êtes accro à la salle de sport ? Vous ne comptez plus les moutons mais vos calories pour vous endormir ? Vous vous sentez coupable de ne pas être suffisamment heureux, et ce malgré tous vos efforts ? » Alors vous souffrez sûrement du syndrome du bien-être et il vous faut, toutes affaires cessantes, consulter le bon Docteur Recchia, cornaqué par l’excellent Jean-Baptiste Iera, DRH des services d’appui, une âme sensible et généreuse qui a une ambition et une seule : édifier un monde meilleur où tout le monde il mange bien et tout le monde il dort bien. Voir article la Voix du Nord.

 

La notion de « programme », résultant de l’analogie entre cerveau et ordinateur, c’est un dispositif de circulation d’informations (entre le coach, le coaché et le prescripteur, entre le coaché et le coach, entre le coaché et le coaché lui-même) et d’accumulation de mémoire, cognitive et comportementale, en vue d’apprendre à corriger ses erreurs et à réduire les écarts par rapport à l’objectif final. Qui est, ne l’oublions jamais, de faire toujours plus de pognon au profit des Mulliez.

Le coaching à la mode Auchan doit être replacé dans l’histoire de la normalisation : nos Dirigeants ont fait de cette pratique d’accompagnement un instrument de domestication.

Il est très curieux de constater que si les différentes formes de travail sont menacées d’être automatisées par des robots, l’un des rares secteurs qui est encore à l’abri est celui de la santé et de l’alimentation.

L’objectif du Système Auchan est d’individualiser les problèmes collectifs. La conséquence est que des questions telles que la santé ne sont plus considérées comme causées par notre appartenance de classe. Au contraire, elles sont maintenant considérées comme faisant partie d’un choix de mode de vie des individus.

Le Système Auchan essaie de faire blâmer les choix du mode de vie individuels plutôt que les facteurs collectifs. En conséquence, il prétend que quelques modifications de style de vie modifieront tout. Ce qui permet de s’exonérer des conséquences sur la santé des méthodes de travail de plus en plus oppressantes.

Auchan Retail est entré dans une économie Bio-Morale. Ils ne regardent pas seulement ce que les salariés produisent, mais également ce qu’ils mangent, combien de temps ils dorment et ainsi de suite. On peut tout imaginer… Tous les aspects de notre vie sont sous contrôle et pas seulement ce que nous produisons.

« Le but : infuser jusque dans les familles des employés »

Nos deux ravis de la crèche (voir photo) se sont autoproclamés « Amis du genre humain ». Pour le toubib, l’idée c’est que « l’humain se répare par des choses simples : s’il dort bien, s’il mange bien, s’il fait du sport… ». Une sorte de druide, de chaman notre Christian national. Très proche de la sagesse ancestrale et des bons mots de l’Oncle Paul.

Le coaching est à la mode. Il permet de relancer ou renouveler la clientèle un peu essoufflée des formations à la communication et au développement personnel. Les mêmes questions se posent. Quel intérêt réel ? Quelle part de manipulation ? Quel apport à la personne, au groupe, à la société ?

La lente agonie du Système Auchan l’amène à considérer, faute de mieux, que c’est en donnant de la joie de vivre que le cash va cesser de s’effondrer. Musique bien connue : un individu heureux et équilibré est plus créateur de richesses pour l’entreprise qu’un individu sous pression et tendu à l’extrême vers un objectif qui n’est pas le sien.

Pour nos dirigeants, le monde se divise en deux : les réfractaires pathologiques et les esprits ouverts. Et de proposer une thérapie purificatrice déclinée ainsi : « 1. Vous êtes la seule personne à même de trouver les solutions qui vous conviennent vraiment. 2. Vous avez envie d’expérimenter de vrais changements dans votre vie personnelle et professionnelle. 3. Certaines rencontres peuvent éclairer la réalité sous un jour différent et nouveau. 4. Votre intuition profonde est votre plus fidèle alliée. 5. Un risque est aussi une chance. 6. Investir sur vous-même et sur votre développement vous semble naturel. »

Une nouvelle forme de servitude volontaire

 La religion du coaching chez Auchan tient finalement à l’illusion qu’on puisse volontairement arriver à « réaliser son être ». Jean-Baptiste et Christian savent y faire : praticiens souples du soin comportemental, ils se montrent chaleureux et interactifs.

Au merveilleux pays des bisounours, fini les états négatifs comme la tristesse, le sentiments des limites de la condition humaine ou le sens du tragique. Car le but de nos « gentils organisateurs » est de nous libérer de tout ce qui peut s’opposer à la « pleine réalisation de soi », de nous permettre d’agir sur la base d’objectifs et de buts rationnels.

La perversité du système, consiste par une forme de manipulation, à convaincre le salarié que les activités dans lesquelles il s’engage sont, pour lui, dignes d’intérêts.

On valorise la rationalité et on emploie des moyens de persuasion qui jouent avec l’affectivité, n’hésitant pas à répandre la mystification jusque dans les familles par voie d’infusion…

Quelles conséquences psychologiques et sociales peuvent avoir à terme ces modes opératoires ? Ne sommes-nous pas face à une nouvelle forme de servitude volontaire qui consisterait, pour les salariés, à se soumettre librement aux injonctions de ces nouveaux marchands de bonheur et à leurs discours subliminaux ? « Les gens sont vissés dans leurs certitudes.. ». Alors le bon Docteur s’est spontanément proposé de dévisser tout ça pour « fluidifier » nos pauvres existences.

Entre parenthèses, on peut légitimement se demander si c’est bien la mission première d’un médecin que de se livrer à de telles clowneries ? Si on retire l’aspect lucratif de l’opération et la caution scientifique du carabin, n’y-a-t-il pas d’autres urgences à traiter en France et dans le monde pour les déshérités ?

C’est la question que posait déjà en 1548, Etienne de La Boétie dans son magistral Discours de la servitude volontaire. Il s’interrogeait, déjà, sur les liens possibles entre liberté et aliénation. Analysant les rapports Maître/Esclave, il cherchait à comprendre comment « tant d’hommes endurent quelque fois un tyran seul, qui n’a puissance que celle qu’ils lui donnent ».

Jusqu’alors, selon le droit romain, seuls les hommes faits prisonniers ou qui avaient commis un délit grave pouvaient être réduits en servitude. La privation de liberté était ainsi involontaire et subie.

Les Organisations contemporaines font apparaître que certains salariés peuvent exprimer le « désir » d’être délivrés de la liberté, une liberté de penser souvent perçue comme un plus grand mal que la servitude. « Le peuple sert si franchement et tant volontiers qu’on dirait à le voir, qu’il n’a non pas perdu sa liberté mais gagné la servitude ». Page 190

Conclusion

Le coup de génie d’Auchan Retail est là : investir le coaching d’une connaissance, voire d’un pouvoir hors du commun qui prétend « libérer » l’homme. Le coaching à une fonction stratégiquement décisive : façonner un savoir opérationnel sensé résoudre les problèmes de la condition humaine, notamment la finitude et l’impuissance face aux limites.

Le but est de convaincre les salariés Auchan, les « coachés », qu’il existe toujours des moyens pour aller au-delà de leurs propres limites. L’Homme pour Auchan n’est toujours envisagé que sous l’angle de l’intérêt : notre existence est pour eux, réduite à une série de formules qui sont censées résoudre tous les problèmes, y compris ceux des formes de vie, des formes de communication, des standards d’éducation et de socialisation. « Le but est d’infuser jusque dans les familles… ».

Pour Auchan Retail, la réussite sociale est présentée comme le « Saint Graal » : même des aspects comme les sentiments ou les émotions sont mis par nos deux comiques au service du succès. Plus on pousse les salariés à devenir des « acteurs » de leur vie, plus les gens se sentent obligés de privilégier les comportements qui plaisent à nos dirigeants. Plus on prône l’autonomie, plus le coaching cherche à enfermer les salariés dans un Système fermé et à les faire adhérer à des valeurs conformistes et contraignantes.

 

C’est le triomphe de Monsieur Moyen, version nouveau manager

stressé, mais coaché !

 

Défense de rire.

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